4 ans!

בסייד

Poste par: Axelle

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C’était le 21 juillet 2009… Alors que les roues de notre avion touchaient le sol en cette chaude après-midi d’été, c’est un double rêve qui se réalisait: celui de vivre en Israel, et celui de retrouver ma soeur, après sept années de séparation.

Mais revenons un peu en arrière: depuis mon mariage, j’habitais dans le sud de l’Espagne, un endroit agréable pour les vacances certes, mais qui l’est beaucoup moins quand on y passe tous les jours de sa vie, entre le manque de nourriture cachère, l’absence d’école juive, et d’étude de Torah. Bref, j’habitais dans une sorte de désert, et je pleurais tous les matins en accompagnant ma fille à l’école du quartier. Ajoutez à cela le manque de la famille et des amis, et vous comprendrez pourquoi au bout de 7ans j’ai dit: "BASTA!!!"

Le problème, c’est que mon mari ne vivait pas du tout le même film que moi, entouré qu’il était de sa famille, et nageant comme un poisson dans l’eau dans cet endroit qui était sa vie, sa langue, sa culture. Il avait en plus vécu en Israel à l’âge de 18 ans et n’avait pas du tout aimé l’expérience. Autant dire que les circonstances ne jouaient pas vraiment en ma faveur, et que lorsque j’ai commencé à parler d’alya à mon mari, il m’a regardée dans les yeux et m’a dit: "Je ne veux plus jamais que tu abordes ce sujet!"
J’étais désemparée, je sentais que je n’en pouvais plus, et en même temps je ne voyais pas d’issue.

C’est à cette période qu’un rav d’Israel et sa femme sont venus passer quelques jours chez nous, et un soir, alors que tout le monde dormait, la rabanite et moi avons longuement parlé. Je me suis mise à pleurer en lui expliquant que je voulais absolument partir en Israel mais que mon mari ne voulait rien entendre. Elle a alors eu ces mots qui ont bouleversé ma vie: "A partir de maintenant, tu vas arrêter de parler avec ton mari, tu vas parler avec Hachem.Tous les jours, tu vas allumer une bougie et tu vas prier". Et c’est ce que j’ai fait. Tous les jours qui ont suivi, j’ai attendu que mon mari parte travailler, et j’ai allumé ma bougie en priant de tout mon coeur. Au bout d’une semaine, mon mari est rentré le soir en me disant très naturellement: "Tu sais, si tu veux toujours qu’on fasse notre alya, on peut en parler!". Plus tard, je lui ai raconté mon petit secret, et depuis ce jour, quand on a besoin de quelque chose il me dit: "Enciende una vela bruja!" (allume une bougie sorcière!).

Peu de temps après, ma grand-mère est décédée, et ma soeur a senti de son côté qu’il ne lui serait désormais plus possible de marcher dans les rues de Paris alors que mamie n’était plus là. Elle a senti aussi qu’il y avait dès lors une urgence à ce que nous soyons réunies, elle et moi. Quant à son mari, il n’y a vu aucune objection, bien au contraire.

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans cet avion, avec ma soeur jumelle assise à quelques mètres, cette autre partie de moi qui m’avait tant manquée pendant tellement d’années. Je la regardais et je me souvenais de mes questions le soir dans mon lit: "Hachem, pourquoi m’as-tu donné une soeur jumelle si c’est pour qu’on soient séparées à l’âge adulte?" "Hachem, pourquoi nous fais-tu vivre dans un endroit si inadapté, nous qui voulons accomplir Torah et mitsvot?"

Mais comme toujours, le Maître du Monde avait ses plans, et nous avait réservé une bien belle surprise! A présent, ma soeur et moi étions en route pour Israel, en route pour ne plus jamais nous quitter…

Générations Goldman

בסייד

Poste par: Johanna

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Il arrive qu’au détour d’une journée ordinaire, on se prenne un vrai coup de vieux, comme ça, sans crier gare. Un peu comme dans ces moments où vous expliquez à vos enfants qu’à leur âge, vous n’aviez ni internet ni portables, et qu’ils vous demandent alors aussi sec si vous aviez l’électricité.

C’était donc l’autre jour. Je tombe sur une vidéo montrant J.J Goldman impliqué de façon active au sein d’une association caritative. Et là, un choc: Goldman, dans sa sixième décennie…
Bien sûr, il avait déjà un peu vieilli ces derniers temps, il avait bien le droit d’ailleurs, d’autant plus que les années ne lui enlevaient rien de ce charme discret typiquement goldmanien.
Tout allait encore bien, donc.
Mais ce fameux jour, devant mon écran, j’ai bien dû admettre que ces mêmes années l’avaient finalement rattrapé, et que le plus troublant dans l’histoire en fait, ce n’était pas Goldman et son sourire fatigué, mais bien mon adolescence et toute ma prime jeunesse, nichées là, juste dans ses rides…
Je me suis dit alors dans la foulée, qu’il était arrivé à l’âge respectable où on reçoit des hommages, et qu’il était donc de notre devoir de trentenaires reconnaissants, d’exprimer ce que nous lui devions (j’exagère à peine!).

J’ai vraiment découvert Goldman à 15 ans. Avant cet âge, sa musique se limitait pour moi aux quelques chansons archi-connues qui passaient en boucle à la radio, et qui égayaient indifféremment ascenseurs et supermarchés.
Et puis un jour, j’ai eu l’occasion d’en écouter plus.
Comme toute fille de cet âge, j’avais ma petite bande, et nous avions fait de certains morceaux de lui, nos hymnes officiels. Je me souviens encore de ces moments privilégiés chez les uns ou les autres, quand nous discutions jusqu’à plus d’heure, avec toujours, la musique de Goldman en fond sonore, tellement au diapason de nos confidences.

Ce qui était si spécial avec ces chansons, c’est qu’on ne se contentait pas seulement de les écouter en trouvant ça agréable. Ce qui les rendait si uniques, c’est qu’on s’identifiait à chacun de leurs mots.
Aux airs bien rythmés de Goldman, je préférais, sans hésiter, sa voix tantôt fragile, tremblante ou volontairement monocorde, juste posée sur quelques notes. Ses mots résonnaient mieux.
On l’écoutait ainsi chanter des sentiments banals, mais tellement intemporels et universels, et on se disait à chaque fois que c’était exactement ça. Qu’il avait une manière si particulière d’exprimer les choses, par petites touches si subtiles et justes…
Je me souviens que je m’emparais de quelques notes ou d’un couplet particulièrement touchant, les répétant mentalement pour mieux m’en imprégner, et que toute cette finesse me faisait du bien, comme une chaude couverture.

Si la musique de Goldman nous a tant marqués, c’est peut-être parce qu’à l’époque, nos personnalités en gestation se nourrissaient de toutes les influences environnantes, et que ces mots-là, et tout ce qu’ils exprimaient de la vie, ont parfois contribué à nous faire penser un peu plus loin.
A moins que la nostalgie ne me fasse carrément divaguer… Quoi qu’il en soit, il y avait ceux qui en étaient, et les autres.

Aujourd’hui encore, il existe une confrérie de gens, qui se reconnaissent entre eux à leur parfaite maîtrise de chansons de Goldman sorties des tréfonds d’un album oublié. Je suis de ceux-là.

L’été dernier, j’étais donc toute contente de faire écouter Goldman à mes enfants, comme on transmet une sorte d’héritage, bref, le moment était solennel.
Pour faire court, j’ai fait un flop monumental, résumé dans cette exclamation lapidaire de mes si tendres et indulgents enfants: "Mais c’est quoi encore ce truc? Un vieux machin de ton époque?"

Alors j’ai rusé. Et j’ai assisté à un retournement de situation assez spectaculaire. J’ai mis les mêmes chansons arrangées à la sauce des albums "Génération Goldman", et j’ai attendu les réactions: "Maman, c’est hyper sympa, qui est-ce qui chante?"

Ah, ah, ah!!! (Rire machiavélique). Ce que les enfants peuvent être naïfs, parfois…

Voyager confort!

בסייד

Poste par: Axelle

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Les départs en vacances approchent, j’ai donc envie de partager avec vous ma récente expérience, et vous donner peut-être quelques idées afin que votre voyage soit le plus agreable possible.
En général quand je prends l’avion, c’est pour me rendre en France ou en Espagne, les vols ne sont donc pas très longs, et au moment de m’habiller, l’enthousiasme aidant, le côté esthétique l’emporte toujours sur le pratique. Pour aller à Chicago, c’était bien différent, puisque 14 heures de vol m’attendaient jusqu’à destination. Le confort devait donc primer sur tout, et je n’avais qu’une idée en tête: trouver la tenue qui s’approcherait le plus d’un pyjama (là, c’est le moment où vous partez en courant).
La matière à privilégier était donc le coton, dans sa forme la plus douce et la plus extensible. Il me fallait impérativement une jupe longue qui puisse accompagner mes mouvements et couvrir mes jambes, quelle que soit ma position sur mon siège (pour toutes ces raisons, je pense d’ailleurs que le pire vêtement pour ce genre de voyage est la jupe en jean). Pour le haut, un t.shirt loose et dans mon sac, un sweat à enfiler au cas où. A mes pieds, des sneakers, aussitôt retirées une fois assise dans l’avion (si vous prévoyez de voyager avec des chaussures type sandales ou ballerines, pensez à glisser dans votre sac une paire de chaussettes pour ne pas vous retrouver pieds nus, vous risqueriez d’avoir froid). Sur ma tête, hors de question de porter une perruque que j’aurais eu envie d’arracher en milieu de parcours, et qui en plus serait arrivée dans un état pas possible. Pas question non plus de porter un foulard avec du volume, qui m’aurait empêchée de reposer ma  nuque sur mon siège. J’ai donc opté pour un long foulard noué très simplement.
Voilà ce que ça a donné:

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Après le confort du vêtement, place au confort de la peau, pour cela j’ai suivi les conseils de Lisa Eldridge, make up artist, qui dans le cadre de son métier a l’habitude de parcourir les quatre coins du monde:

Pour ma part, j’ai utilisé le Masque apaisant hydratant de Avène, que j’aime beaucoup et qui est ideal dans ce cas car il est invisible sur la peau, sa texture ressemblant à celle d’une crème hydratante, et que je ne le rince pas.
Première constatation: je confirme définitivement que le ridicule ne tue pas!
Deuxième constatation: à l’arrivée, j’avais une peau impeccable, fraîche et hydratée.
Juste avant l’atterissage, pour avoir l’air un peu réveillée, j’ai applique une crème teintée, du blush, un peu de mascara et du baume à lèvres.
Attention à ce que la contenance de chaque produit que vous emportez avec vous en cabine ne dépasse pas 100 ml. Les produits doivent également être placés dans un sac transparent refermable (type sac de congélation).

Pour conclure et puisque l’on parle de voyage en avion, je vous laisse avec cette lettre de plainte d’un passager qui m’a bien fait rire!

Bon voyage!

Anticancer

בסייד

Poste par: Johanna

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24 juillet 2011. Cette date ne vous dit sûrement rien. C’est celle du décès du Dr David Servan-Schreiber. Non, il n’était pas membre de  ma famille. Ou plutôt, si. J’ai fait partie, moi, de sa famille, de l’immense famille qui de par le monde, et à travers ce qu’il était, s’est trouvée rassemblée autour de sa profession de foi: anticancer.

"Anticancer", c’est le titre de l’un de ses livres, celui qui l’a fait connaître au monde entier.
David Servan-Schreiber était médecin psychiatre et chercheur en neurosciences. Il n’a que 31 ans lorsqu’on lui découvre une tumeur au cerveau. A l’époque, il est en pleine ascension professionnelle, c’est un jeune médecin brillant, très prometteur dans son domaine. Opéré avec succès, il connaîtra malgré tout une rechute quelques années plus tard. Dès lors, il va s’intéresser aux dernières recherches en matière d’alimentation anti-cancer, aussi bien qu’aux vertus des médecines alternatives. Il a évidemment une grande confiance dans les performances et les progrès de la médecine classique, mais il est persuadé qu’il nous appartient d’optimiser et même de décupler les résultats de celle-ci, en adoptant de meilleures habitudes de vie.
On trouve ainsi dans son ouvrage, le compte-rendu des fruits de décennies de recherche contre le cancer, mais aussi le récit de son combat personnel face à la maladie.
Les conclusions scientifiques exposées sont claires: elles établissent qu’une hygiène de vie adéquate, une alimentation saine, une activité physique régulière, aident considérablement à prévenir le cancer, mais aussi à ralentir sa progression le cas échéant.
Ces recommandations nous paraissent familières et presque évidentes aujourd’hui. Pourtant, David Servan-Schreiber aura été l’un des premiers à clamer haut et fort l’importance de celles-ci, leur offrant une tribune médiatique sans précédent.
Dans le livre "Anticancer", on apprend par exemple que la framboise, le thé vert, l’ail ou le curcuma, possèdent d’importantes propriétés anti-oxydantes. Leur consommation s’avère donc hautement recommandée pour se prémunir de la maladie; on apprend également que le stress, la tristesse, en induisant des dérèglements flagrants du système immunitaire, créent un terrain plus favorable à la formation de tumeurs dans l’organisme. Il y a cependant peu de chances pour que des médicaments a base de framboise ou de curcuma voient le jour. Et pour cause. Étant donné qu’il est impossible de déposer des brevets sur ces produits naturels, il n’y a aucun moyen pour l’industrie pharmaceutique de réaliser des profits conséquents avec de tels médicaments, et donc aucun intérêt, pour celle-ci, à les fabriquer. Ainsi va le monde.
"Anticancer " est donc beaucoup plus qu’un énième recueil de conseils éclairés face à la maladie, c’est un plan de bataille à l’échelle du quotidien de chacun, un véritable mode de vie.
Nous sommes en 2006. Ma mère (zl) se rétablit doucement d’une rechute de son cancer du sein. Le traitement, cette fois-ci, a été drastique: elle a dû subir une mastectomie,suivie de séances de chimiothérapie. Les médecins, cependant, sont assez optimistes.
La deuxième femme de mon père (zl), dont je disais toujours que personne ne portait si justement son titre de belle-mère, tant elle avait eu l’affection, et les gestes d’une mère pour ma sœur et moi depuis qu’elle nous avait connues petites, se voit diagnostiquer une tumeur au cerveau.
Ma grand-mère (zl), enfin, apprend qu’elle souffre d’un cancer du pancréas. Une grand-mère malade? C’est dans l’ordre des choses, triste bien sûr, mais tellement banal. C’est du moins ce que je lisais dans le regard des gens, quand j’essayais de partager ma détresse.
Seulement ces gens-là ne savaient rien. Ils ne savaient pas qu’il s’agissait de mamie, de l’un des dons les plus précieux dont Hachem nous ait gratifiées, ma sœur et moi. Je n’essaierai même pas d’enfermer ce qu’elle était dans des mots qui seraient forcément réducteurs, je dirais simplement qu’elle était parmi ce qu’on fait de mieux en matière d’humanité. Qu’elle se levait le matin, se demandant qui aider au cours de la journée, et comment faire plaisir à chacun. Tels étaient ses moteurs de vie.
Ses mots de réconfort, ses attentions sans cesse renouvelées, et son humour à toute épreuve, ont réellement illuminé la vie de tous ceux qui l’entouraient.
La maladie de ma grand-mère était donc peut-être un événement banal aux yeux du monde, il n’empêche que rien ne collait dans cette histoire de cancer du pancréas. Mamie était un traité de diététique à elle-toute seule: ses repas étaient toujours variés et équilibrés. Jamais aucun excès, et du sport, jusqu’à un âge avancé. Un cancer du pancréas en plus, ce cancer si caractéristique des grands buveurs! Non, vraiment, ça sonnait comme une mauvaise blague, un truc trop gros pour être vrai. Et puis mamie devait finir centenaire, comme sa mère, c’était inscrit dans ses gènes, et nous avions un accord tacite sur ce point.
Je ne sais encore rien de la gravité de ce cancer, mais deux bonnes heures passées sur internet me laissent  sans illusion. Les statistiques sont implacables, sans appel.
Elles ne sont guère plus encourageantes concernant ma belle-mère.
Je comprends alors qu’un véritable  compte à rebours s’est enclenché, s’insinuant dans mon paysage affectif tout entier.
La vie peut basculer en quelques secondes. J’en fais, à ce moment, la terrible expérience.
Le cancer, cette fois, est entré dans notre famille par la grande porte. Avec ma mère, j’avais appris, quelques années auparavant, que cette maladie n’arrivait pas qu’aux autres. Et voilà que soudainement, elle se mettait à frapper tout le monde…
Les mots" scanner", "I.R.M", "radiothérapie"," chimiothérapie", font désormais partie de notre vocabulaire familier, nos humeurs suspendues aux caprices de millions de cellules, ainsi qu’aux compte-rendus des médecins. Les scènes de la vie ordinaire et les conversations, se teintent invariablement de maladie: ma mère et ma grand- mère comparent leurs oncologues ou leurs résultats de scanners, se lamentent ensemble des menus de l’hôpital et se donnent des conseils pour mieux supporter l’épreuve de l’IRM. Je les écoute, persuadée qu’à un moment ou à un autre, je vais finir par me réveiller…
Ma grand-mère sait que son cancer est très grave, mais c’est une battante, profondément attachée à la vie. S’il existe une proportion, même infime, de malades qui s’en sortent, elle veut se donner les chances d’en être.
C’est alors que nous entendons parler du livre "Anticancer". Comme je l’ai dit, ma grand-mère fait déjà très attention à ce qu’elle mange, l’exercice physique ne lui fait pas peur, et elle est familiarisée aux techniques de la pensée positive depuis longtemps. Aucune des idées développées dans le livre n’est donc vraiment nouvelle pour elle, mais sa  lecture renforce encore ses convictions.
C’était donc décidé: là ou la médecine traditionnelle trouverait ses limites, nous saurions rebondir sur les principes énoncés par le Dr Servan-Schreiber, et ainsi défier la mort. Bien sûr, on ne se le disait pas comme ça , mais c’était dans nos têtes.
Dès lors, ma grand-mère est littéralement entrée en campagne, bien décidée à en découdre. Les séances de chimiothérapie étaient très pénibles, mais je ne l’ai jamais entendue se plaindre. Dès que possible, elle sautait hors du lit pour reprendre ses activités et se remettre à trotter comme à son habitude. Elle n’a jamais autorisé la maladie à se faire une trop grande place dans sa vie, elle s’efforçait de la circonscrire: elle n’était qu’un aspect de sa vie, parmi d’autres. Pas question non plus donc, de se laisser définir par la maladie, elle ne disait jamais : " Je suis malade", elle disait: "J’ai un cancer". La nuance, pour elle, était de taille.
Mamie faisait autant d’exercice que possible, s’alimentait au mieux; elle évitait les trop grandes sources de pollution, de stress, et se tournait résolument vers l’avenir, ne rechignant pas à faire des projets. Et enfin, nous nous autorisions à rire, dès que nous en avions l’occasion. C’était encore notre meilleure arme…
"Anticancer" constituait donc une source d’espoir,  mais aussi d’inspiration. Nous y puisions des forces décisives pour affronter chaque étape du traitement. Il aura été  notre radeau dans la tempête, et notre ultime rempart face à l’avancée de la maladie.
Il y a des batailles que l’on gagne. Ma mère avait fini par remporter la sienne contre le cancer du sein.
Ma grand-mère aura résisté  autant qu’elle le pouvait, bien plus longtemps que ne le laissaient présager les meilleurs pronostics. J’ai eu le privilège de l’accompagner jusqu’à la dernière seconde, et d’admirer son courage et sa dignité même dans la douleur.
Ma belle-mère est partie au bout de quelques mois, entourée de tous ceux qu’elle aimait.
Je hais cette maladie entre toutes. D’abord, parce qu’elle est devenue mon ennemie intime. Ensuite, parce qu’elle laisse croire qu’elle a capitulé, alors qu’il ne s’agit souvent que d’un sursis pour le malade. Elle est tapie dans un recoin de l’organisme, à planifier sa prochaine attaque, attendant simplement que l’on baisse un peu la garde. L’assaut se produit alors sans crier gare, mettant un terme aux projets que l’on s’autorisait tout juste à refaire…
Et ce jour de juillet 2011, David Servan-Schreiber est mort à son tour.
Ça a été pour moi un véritable choc.
Son décès sonnait comme une défaite retentissante, comme le glas de ce combat tout entier.
Mais comment pouvait-il nous faire ça, et aller simplement grossir les statistiques, lui qui les avait défiées pendant près de 20 ans? Il n’avait simplement pas le droit. Quel usurpateur! Il aurait pu nous le dire tout de suite que le vainqueur se trouvait finalement presque toujours du même côté, au lieu de nous laisser espérer que nous pouvions dompter la maladie, on se serait tous rassemblés pour attendre dignement la mort, au lieu de s’agiter dans tous les sens.
Les jours suivants, je répétais à qui voulait l’entendre:" Tu te rends compte! David Servan- shreiber est mort!". Personne, dans mon entourage, ne semblait comprendre ce que ça impliquait profondément, seule ma grand-mère aurait compris. Qu’il etait l’incarnation vivante du bien-fondé des principes qu’il énonçait  aux quatre coins du monde, lui qui tenait la mort à distance depuis tant d’années, et que d’autres pouvaient disparaître chaque jour, tant que lui resterait debout, on savait qu’il y avait une maitrise possible de la maladie.
Avant de partir, David Servan-Schreiber a rédigé un ultime témoignage, afin d’expliquer ce qu’il reste de la méthode anticancer  au-delà de sa propre rechute et de sa probable disparition.
Je n’ai lu ce livre que la semaine dernière, comme s’il m’avait été difficile de laisser le Dr Servan-Schreiber s’expliquer jusque là. Et j’ai compris bien sûr…
Que ce serait prendre un trop grand raccourci que d’enterrer anticancer. Que ce serait même complètement à côté de la plaque.
Ce serait oublier que durant les deux dernières décennies, l’hygiène de vie qu’il avait adoptée, décrite dans "Anticancer", lui a donné le temps d’aimer, d’avoir des enfants, de faire profiter les gens de ses recherches, et de redonner espoir à des millions de malades à travers le monde.
Ce serait oublier qu’anticancer lui a offert tout ce qui a donné du sens à sa vie.
J’ai eu de grands moments de découragement, me demandant à quoi avaient servi toutes mes prières, mes larmes et mes supplications.
J’ai compris par la suite, qu’aucune prière n’est vaine, que chaque tefila trouve son endroit, son réceptacle, quand bien même ce n’est pas forcément celui auquel nous pensions. Nous sommes tous reliés les uns aux autres comme les maillons d’une même chaîne, c’est pourquoi notre prière peut également bénéficier à d’autres que nous ne connaissons pas, mais qui vont voir leur état s’améliorer par elle. Celle-ci agit aussi en direction des chercheurs et des médecins, et leur permet d’avancer dans la bonne direction.
Les dernières années ont vu des progrès spectaculaires dans la recherche contre le cancer. La génomique, c’est-à-dire l’alliance de la génétique et de l’informatique, a vu le jour, permettant de comprendre, et bientôt d’anticiper l’aggravation des différentes sortes de tumeurs à l’intérieur de l’organisme. Des vaccins performants existent aujourd’hui pour prévenir certains cancers, et empêcher l’évolution d’autres. On parle aussi de la prochaine mise au point de médicaments, à l’image de la trithérapie pour le virus du sida.
Le cancer, avec l’aide de D., sera bientôt maîtrisé, et à terme, vaincu.
Nous gagnerons finalement la guerre. À la mémoire de tous ceux qui nous ont quittés trop vite.